bouddhisme-thailande.com

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Index de l'article
Vipassana selon Sayadaw U Kundalabhivamsa
La méditation en posture assise
La méditation en marche
Toutes les pages

I. LA MÉDITATION EN POSTURE ASSISE

La première chose à faire, c'est de choisir un endroit calme et paisible pour pratiquer. Il faut ensuite essayer de se trouver une posture confortable dans laquelle on pourra méditer facilement. Vous pouvez vous asseoir soit sur les talons, jambes repliées, soit en tailleur. L'essentiel, c'est que cette posture vous permette de méditer pendant un certain temps. Quelle que soit la posture que vous aurez choisie, gardez le dos et la tête bien droits. Fermez les yeux et portez votre attention sur l'abdomen.

Lorsque vous inspirez, l'abdomen se soulève ou se dilate. Vous devez observer ce mouvement très attentivement. Vous devez maintenir une attention très vigilante. Vous observez de façon très précise le début de ce phénomène, vous le voyez se développer par stades successifs puis se terminer, de sorte que votre esprit n'ait pas l'occasion de s'échapper. Et, tout en observant ce mouvement, vous notez: "soulèvement, soulèvement."

Lorsque vous expirez, l'abdomen se contracte ou s'abaisse progressivement. Vous devrez également noter très attentivement ce mouvement d'abaissement, du début à la fin, en étant très attentif aux différentes étapes d'abaissement, de façon à ce que votre esprit n'ait pas l'occasion de vagabonder. Tout en observant, vous notez: "abaissement, abaissement."

Lorsque vous observez les mouvements de soulèvement et d'abaissement de l'abdomen, vous devez essayer de ne pas vous attarder sur la forme extérieure de l'abdomen, sur la forme physique. Par contre, essayez de réaliser comment l'air inspiré provoque, à l'intérieur du corps, une certaine tension, une pression qui va elle-même donner lieu à une poussée vers le haut. Vous devez essayer de sentir cette poussée vers le haut, provoquée par l'air accumulé à l'intérieur du corps. Vous devez réaliser cette tension, cette pression, mais ce n'est pas la forme physique de l'abdomen que vous devez observer. L'abdomen dans sa forme extérieure, tel que nous le concevons n'est qu'une appellation, un concept; c'est paññatti (le concept ou convention). Mais dans la méditation vipassana, on ne s'occupe pas des concepts, on s'occupe de la véritable nature des phénomènes, de la réalité, paramattha. L'air qui est contenu à l'intérieur de l'abdomen et qui exerce une poussée vers le haut, la tension, la pression, tout cela, c'est paramattha, ce qui se passe réellement lorsque vous inspirez. C'est donc sur la réalité, la véritable nature des processus que vous devez vous concentrer, avec précision et pénétration.

C'est de la même façon que vous devrez procéder lorsque vous expirez. Vous devez essayer de ne pas vous attarder sur la forme extérieure de l'abdomen mais observer le lent et progressif mouvement, la vibration, le retrait de l'air au moment où vous expirez.

Vous allez donc observer sans interruption ces deux mouvements, en notant chaque fois "soulèvement, abaissement." Vous vous concentrez sur la pression grandissante provoquée par l'air qui amène le soulèvement de l'abdomen et sur le retrait progressif de l'abdomen au moment de l'expiration.

Mais il se peut que l'observation de ces deux mouvements n'amène pas le calme dans votre esprit; vous pouvez alors ajouter un troisième objet et notez "soulèvement, abaissement, toucher." Lorsque vous observez le toucher, vous ne devez pas vous attarder sur la forme extérieure de vos membres qui sont en contact, soit avec le sol, soit avec d'autres parties du corps. Vous devez vous concentrer sur la sensation de dureté ou sur la tension provoquée par ce contact.

Il se peut que ces trois objets d'attention vous semblent insuffisants et que votre esprit ait encore tendance à vagabonder. Vous pouvez alors en ajouter un quatrième et noter "soulèvement, abaissement, assis, toucher".

Lorsque vous vous concentrez sur la posture assise, vous devez balayer votre corps de haut en bas de façon à ressentir la rigidité, la tension présente à l'intérieur de vous. Cette tension, cette rigidité est due à l'énergie de l'élément "air" qui vous pousse dans la posture assise. Ne vous attardez pas sur la forme extérieure de votre corps, de vos mains, de vos jambes, etc... Le désir de vous asseoir a provoqué un mouvement de l'élément air qui soutient et pousse le corps dans la posture assise. Vous devez essayer de sentir cette rigidité, cette tension, cette pression, sans vous attarder sur la forme extérieure du corps, des mains ou des jambes.

Si vous procédez ainsi, vous aurez quatre objets d'attention : "soulèvement, abaissement, assis, toucher". En général, l'esprit se calme lorsque le méditant adopte cette façon de noter. Si cette façon de procéder vous convient, vous pouvez l'adopter. Mais si vous trouvez que noter quatre objets demande trop d'efforts et que vous vous sentez devenir nerveux ou inquiet, que vous ne pouvez plus vous concentrer correctement, vous pouvez adopter la formule précédente, c'est-à-dire noter trois objets seulement : "soulèvement, abaissement, toucher". Si vous avez l'impression que ceci est encore trop, que ce n'est pas ce qui vous convient, notez alors seulement deux objets : "soulèvement, abaissement". Le but, c'est simplement de calmer l'esprit et de développer la concentration.

Il est fort probable qu'au moment où il note "soulèvement, abaissement, assis, toucher", l'esprit d'un débutant vagabonde de ci, de là, à la pagode, au monastère ou au temple, au marché, à la maison, etc... Si c'est le cas, vous devez le noter: "vagabonder, vagabonder, imaginer, imaginer, faire des projets, faire des projets, etc..."

Lorsque votre concentration sera devenue plus forte et que votre sagesse se sera développée, vous verrez que ces pensées disparaissent après quelques notes mentales faites avec précision, de façon pénétrante et méticuleuse.

Et lorsque vous aurez atteint le stade avancé de bhanga ñana, la connaissance de la dissolution, que votre concentration sera devenue très forte, vous verrez que les pensées disparaissent à chaque note mentale.

Et lorsque votre sagesse se sera encore développée, vous verrez que ce ne sont pas seulement les pensées qui disparaissent à chaque note mentale, mais également la conscience des pensées, l'esprit qui note les pensées. Vous réaliserez ainsi que les pensées ne sont pas permanentes. Que l'esprit qui note ces pensées, la conscience, n'est pas permanente non plus. Vous réaliserez anicca.

Vous allez ensuite ressentir comme oppressante cette rapide succession des apparitions et des disparitions. Vous comprendrez la nature insatisfaisante, la souffrance, dukkha.

Vous vous rendrez compte qu'il est impossible d'arrêter ce flux des apparitions et des disparitions et que l'on ne peut échapper à la souffrance qui en résulte. Ces choses sont incontrôlables. Elles sont anatta.

A ce moment précis, vous réalisez la vérité à propos des phénomènes conditionnés. Ils sont tous transitoires (anicca), souffrance (dukkha) et incontrôlables (anatta). Le méditant a réalisé la vision pénétrante de anicca, dukkha et anatta.

Vous continuez à vous concentrer : "soulèvement, abaissement, assis, toucher" pendant quarante-cinq minutes ou une heure. Vous allez remarquer que vos membres commencent à vous faire mal, deviennent engourdis ou raides. Lorsque ceci se produit, vous devez faire passer votre attention des mouvements de soulèvement, d'abaissement, de la posture assise ou du toucher, vers la douleur et concentrer votre esprit sur la douleur.

Il y a trois façons d'être attentif à la douleur :

1. Observer la sensation désagréable avec l'arrière-pensée de la faire disparaître.
2. Être déterminé à faire disparaître la sensation désagréable en une heure ou une journée en adoptant une attitude agressive.
3. Observer la sensation désagréable dans le but de réaliser sa véritable nature.

1er cas : le méditant se concentre sur la sensation désagréable dans le but de s'en débarrasser. Cette première attitude suppose que le yogi désire le plaisir de ne plus avoir de douleur. Il a de l'avidité pour le plaisir. Mais si on pratique la méditation vipassana, c'est pour se débarrasser de l'avidité, pour s'en libérer. Si le méditant observe la douleur de cette façon, lobha, l'avidité, sera présente dans son esprit. Elle va l'empêcher de progresser et de réaliser la véritable nature des phénomènes. Cette première attitude n'est donc pas recommandée.

2ème cas : le méditant est déterminé à se débarrasser de cette souffrance. Cette décision qu'il prend de faire la guerre à la sensation désagréable cache dosa, la colère. Cette attitude n'est pas non plus recommandée car la détermination du méditant est colorée par la colère. Le méditant ne progressera pas s'il permet à la colère de s'infiltrer dans son esprit. Il ne faut donc pas adopter cette deuxième attitude.

3ème cas : le méditant se concentre sur la sensation désagréable dans le but de réaliser sa véritable nature. La connaissance des apparitions et disparitions, udayabbaya ñana, ne peut en effet être réalisée que si l'observation se fait au niveau de la réalité, c'est-à-dire de la véritable nature des sensations - douloureuses dans le cas qui nous occupe.

Lorsque la sensation désagréable se manifeste, les yogis ont tendance à se tendre dans le corps et dans l'esprit. On ne devrait pas laisser cela se produire. Il faut, au contraire, essayer de se relaxer tant physiquement que mentalement et éviter de se laisser envahir par l'anxiété en nourrissant des pensées comme celles-ci par exemple : "Vais-je devoir endurer ce genre de douleur pendant toute la séance? Vais-je souffrir pendant toute la retraite?"

Il ne faut pas laisser pénétrer en soi ce genre d'idée. Vous devez essayer de rester calme et de comprendre que la douleur va et vient selon des lois qui lui sont propres. Votre seul devoir, c'est de l'observer. Vous devez vous résoudre à faire preuve de patience vis-à-vis de la douleur.

Lorsque l'on est confronté aux sensations désagréables, la patience est de toute première importance. Il y a une expression qui dit : "La patience mène à nibbana". Cette expression est très utile dans la méditation vipassana.

La première chose à faire est donc de décider de faire preuve de patience. Ensuite, vous devez essayer de vous calmer, physiquement et mentalement. Ne soyez pas tendu. Posez votre attention à l'endroit précis où la douleur se manifeste. Concentrez-vous pour voir quelle est son intensité. A quel endroit exactement se manifeste-t-elle? Est-ce au niveau de la peau, au niveau de la chair, au niveau des muscles ou plus profondément dans les os, dans la moelle ?

Vous faites plusieurs fois la note mentale "douleur, douleur, mal, mal, etc..." en vous concentrant chaque fois sur l'intensité de la douleur et sur sa localisation.

Lorsque vous observez les sensations douloureuses, vous devez être très concentré. Une observation superficielle n'est pas valable. Vous observez et notez donc sans interruption, de façon très concentrée. Après quelque temps, il vous suffira de noter quatre ou cinq fois pour voir très clairement que la sensation douloureuse s'intensifie au point de devenir insupportable.

Lorsqu'elle aura atteint un paroxysme, elle va commencer à s'estomper pour finalement disparaître sans que vous n'ayez eu quoi que ce soit à faire pour cela. Mais lorsque la sensation désagréable disparaît, vous ne devez pas relâcher votre attention. Vous devez au contraire, continuer à observer de façon pénétrante et énergique. Vous devrez encore noter probablement quatre ou cinq fois pour voir qu'après avoir diminué progressivement d'intensité, cette sensation douloureuse réapparaît ailleurs.

Si vous réussissez à faire cela, vous aurez vu la nature changeante de la douleur, et vous devenez intéressé par votre pratique. Vous continuez à observer de cette façon, votre esprit se concentre de plus en plus, et vous êtes bientôt en mesure d'expérimenter l'intensification de la douleur à chaque note mentale En général, lorsqu'elle a atteint un paroxysme, elle s'estompe.

Mais ne relâchez pas votre attention. Si vous voulez voir que c'est à chaque note mentale que la douleur s'estompe et change de place, vous devez continuer à observer avec la même intensité. Vous réalisez alors que la douleur n'est pas permanente, qu'elle est tout le temps en train d'évoluer. Elle augmente, puis elle diminue. Vous progressez dans la connaissance de la véritable nature de la sensation douloureuse.

S'il poursuit sa pratique et qu'il continue à observer de cette façon, le méditant va atteindre le stade de connaissance vipassana appelé bhanga ñana, la connaissance de la dissolution. A ce stade, il verra très clairement disparaître la douleur au moment précis où il la note comme si elle était subitement déracinée. C'est ainsi que le méditant réalise que la sensation douloureuse ne dure pas, qu'elle est impermanente. Il commence à surmonter la sensation douloureuse.

La sagesse va encore se développer et les yogis qui ont un bhanga ñana très pénétrant vont expérimenter qu'à chaque note mentale, ce n'est pas seulement la douleur physique qui disparaît, mais également la conscience de cette douleur. Et, les yogis exceptionnellement doués, dont le bhanga ñana est particulièrement fort, verront distinctement trois choses qui disparaissent : tout d'abord la sensation douloureuse elle-même, ensuite l'esprit qui expérimente la douleur et enfin la conscience attentive qui note tous ces phénomènes.

Le yogi en arrive donc à réaliser que la douleur n'est pas permanente, qu'elle ne dure pas ; il réalise que la conscience de la douleur n'est pas permanente et que l'esprit qui note ces phénomènes n'est pas permanent non plus. Il va commencer à se sentir oppressé par la rapidité des apparitions et des disparitions. En expérimentant cette oppression, il réalise dukkha, la souffrance; et comme il est incapable de contrôler ces phénomènes, comme il ne peut rien faire pour les empêcher de se produire, il réalise anatta, la nature incontrôlable.

Le yogi en arrive ainsi à réaliser que :

- La douleur est impermanente : anicca
- La douleur est souffrance : dukkha
- La douleur est incontrôlable : anatta

Lorsque ces connaissances deviennent très claires et manifestes, il va pouvoir franchir les différents stades de connaissance vipassana.

Noter " entendre "

Pendant la méditation, il est possible que vous entendiez des bruits, que vous voyiez certaines choses, que vous sentiez des odeurs autour de vous. Il est fort probable que vous entendiez des coups de klaxon, des oiseaux, des coups de marteau, des battements, etc... Vous entendrez des gens passer, des voitures... Vous devez noter : "entendre, entendre". Il faut pratiquer ce que l'on appelle l'attention pure. L'attention pure, c'est simplement être attentif au fait d'entendre, sans se laisser happer par ces bruits, sans laisser l'esprit vagabonder à leur sujet.

Lorsque votre concentration sera devenue relativement forte, et que vous noterez "entendre, entendre", il se peut que ces sons deviennent indistincts, comme s'ils venaient de loin. Vous aurez parfois l'impression qu'ils s'éloignent de vous ou qu'au contraire, ils se rapprochent. Ils seront parfois déformés au point d'être méconnaissables. Tout ceci est un indice que vous notez de façon plus concentrée. Vous progressez dans votre méditation.

Vous continuez à observer, votre concentration s'approfondit, et lorsque vous notez "entendre, entendre", vous voyez les sons disparaître, de même que l'esprit qui les note, syllabe par syllabe.

Les yogis dont la vision pénétrante est particulièrement fine pourront expérimenter ceci très clairement, sans qu'il y ait de doute possible.

Même les débutants peuvent facilement voir que les syllabes se séparent, qu'elles ne sont plus reliées entre elles pour former des mots intelligibles.

Le son disparaît à chaque syllabe. S'il s'agit du mot "Monsieur", et qu'il note "entendre, entendre", le méditant pourra constater que la syllabe "Mon", qu'il a noté en premier lieu, disparaît instantanément. Il entend ensuite le son "sieur", et ce son disparaît également dès qu'il l'a noté. Il entend donc une série de sons qui ne sont plus reliés entre eux, de sorte que la signification du mot "Monsieur" lui échappe. Il ne reconnaît plus ce mot. Par contre, ce dont il est conscient, c'est de la disparition successive des différentes syllabes.

Lorsque vous expérimentez ainsi la disparition des bruits, vous réalisez l'impermanence du son. Lorsque vous expérimentez la disparition de la conscience des bruits, vous réalisez que la conscience n'est pas permanente non plus. Vous avez réalisé anicca. Vous allez alors vous sentir oppressés par la rapide succession des disparitions. Cette oppression vous fait souffrir, c'est dukkha. Vous allez alors réaliser qu'il n'est pas possible d'échapper à cette oppression. Vous réalisez qu'il n'est pas possible d'échapper, vous ne pouvez pas empêcher ces apparitions et ces disparitions, elles sont anatta, incontrôlables. Voilà comment le méditant réalise anicca, dukkha, anatta, en notant "entendre, entendre". Ces expériences vont devenir très claires et sa méditation va encore pouvoir progresser.

Les quatre établissements de l'Attention

Lorsque vous méditez en position assise et que vous notez "soulèvement, abaissement, assis, toucher", vous observez le corps physique. C'est pourquoi on parle de kayanupassana satipatthana, la contemplation du corps. Lorsque vous notez "douleur, engourdissement", ce sont les sensations que vous observez. On parle alors de vedananupassana satipatthana, la contemplation des sensations. Lorsque vous notez "pensée, pensée, distractions, distractions, projets, projets..." vous observez l'esprit, les activités mentales. On parle alors de cittanupassana satipatthana, la contemplation de l'esprit. Lorsque vous notez "voir, voir, entendre, entendre, sentir, sentir", on parle de dhammanupassana satipatthana, la contemplation des dhammas.

Vous voyez donc que lorsque vous pratiquez en posture assise, conformément aux instructions de notre bienfaiteur le Vénérable Mahasi Sayadaw, vous pratiquez automatiquement les quatre exercices de satipatthana, les quatre bases d'attention.

 



Vous êtes ici : Meditation La méditation Vipassana Vipassana selon Sayadaw U Kundalabhivamsa