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La méditation Dhammakāya

 

La méditation de base


La technique dite Dhammakāya (« le corps du Dhamma ») est très ancienne.
Au fil du temps, son sens et sa méthode s'étaient égarés : elle était pratiquée dans nombre de monastères de Thaïlande et du Cambodge depuis des siècles, mais sous des formes très hermétiques, ésotériques, voire magiques.
Cette technique fut redécouverte, c'est à dire reprise, clarifiée et mise à la portée de tous, y compris des laïques, par Phramonkolthepmuni (Sodh Candasaro) Luang Pou Wat Paknam (1884-1959). Sa diffusion fut reprise par la meilleure de ses méditantes, une renonçante, Khun Yay Mahāratana Upāsikā (1909-2000), fondatrice du plus vaste temple de Thaïlande, l'immense, moderne et actif Wat Phra Dhammakāya de Pathum Thani, aujourd'hui dirigé par Luang Pauw Dhammajayo (Phrarājābhāvanāvisuddhi).
Cette technique est aujourd'hui pratiquée par des centaines de milliers de laïques, en Thaïlande et dans le monde.


Une séance de méditation pas à pas


1) Rendre hommage aux Trois joyaux
Pour commencer, il est profitable de rendre hommage aux Trois joyaux – le Bouddha, le Dhamma et le Saṅgha – puis de prendre les cinq ou les huit Préceptes pour affermir sa vertu.

2) Méditer sur sa bonté
Agenouillez-vous ou asseyez-vous avec les jambes sur le côté et pensez à tout ce que vous avez pu réaliser de positif durant la journée, dans le passé et à tout ce que vous projetez de réaliser de positif dans le futur. Méditez sur ces bonnes actions de telle façon que votre corps tout entier semble composé de minuscules particules de bonté.

3) S'asseoir, détendre son corps et son esprit
Asseyez-vous dans la position du demi-lotus, le dos bien droit, la jambe droite croisée au dessus de la jambe gauche1 . Vos mains doivent reposer dans votre giron, les paumes vers le haut, les poignets reposant sur le sommet des cuisses, la pointe de l'index droit devant toucher celle du pouce gauche. Essayez de trouver la position la plus stable. Ne prenez pas une position non naturelle qui vous contraindrait à vous forcer et serait source de douleurs ; mais en même temps, ne vous affaissez pas !
Fermez doucement les yeux comme si vous vous endormiez. Ne vous forcez pas à fermer les yeux. Assurez-vous qu'aucune tension ne subsiste au niveau de vos sourcils.
Détendez chaque partie de votre corps, en commençant par les muscles de la face, les épaules, les bras, la poitrine, le tronc et les jambes. Concentrez-vous sur chacune de ces tâches, en créant dans votre esprit un sentiment de bien être. Développez la sensation que vous êtes en train d'entrer dans un état de calme et de tranquillité, tant dans votre corps que dans votre esprit.

4) Prendre une boule de cristal comme support de méditation
Imaginez une boule de cristal claire, lumineuse, sans défaut, flottant au centre de votre corps (la « septième base de l'esprit » de l'illustration). Cette boule de cristal doit être pure et apaisante, comme la lumière scintillante d'une étoile. En même temps, répétez doucement en vous-même le son du manta « sammā arahaṃ »2 , encore et encore.
Une solution alternative consiste à imaginer une boule de cristal, de petite taille (comme celle d'une grosse perle) au niveau de la première base de l'esprit, puis de la déplacer doucement jusqu'à la septième base de l'esprit en passant par chacune des autres bases ; à chacune de ces étapes, on peut répéter trois fois, en soi-même, « sammā arahaṃ ».

Les sept bases de l'esprit sont :
Base 1 - L'entrée de la narine (narine gauche pour les femmes, narine droite pour les hommes)
Base 2 - Le coin de l'œil, au point où naissent les larmes (œil gauche pour les femmes, droit pour les hommes)
Base 3 - Le centre de la tête
Base 4 - Le haut du palais
Base 5 - Dans la gorge (derrière la pomme d'Adam)
Base 6 - Dans le ventre, à l'arrière du nombril
Base 7 - Le centre de gravité du corps, à deux doigts d'épaisseur au dessus du point précédent

 

posture méditation dhammakaya

 

posture méditation dhammakaya



Une fois la boule de cristal devenue visible au centre de votre corps, continuez de maintenir votre sensation de calme, comme si l'objet faisait lui-même partie de cette sensation.
Si la boule de cristal s'estompe ou disparaît, ne soyez pas déçu, continuez de maintenir le sentiment de calme et imaginez une nouvelle boule de cristal à la place de l'autre.
Si l'objet mental apparaît ailleurs qu'au centre du corps, ramenez-le doucement vers le centre, sans, surtout, faire le moindre effort.
Lorsque l'objet mental est stabilisé au centre du corps, fixez votre attention au centre de la sphère, en imaginant qu'il s'y trouve une toute petite étoile. Maintenez en permanence votre concentration sur cette petite étoile. L'esprit va se régler de lui-même jusqu'à s'immobiliser parfaitement. A cette étape, l'esprit va plonger doucement dans ce centre, où une nouvelle sphère lumineuse va apparaître. Cette nouvelle sphère est connue sous le nom de « sphère du paṭhama magga » ou « sphère du Dhamma ». Cette sphère est une porte d'entrée, le début du chemin menant au nibbāna (skt.nirvāna).
Imaginer ainsi l'objet de méditation est quelque chose que vous pouvez faire n'importe quand, en tout lieu, que vous soyez assis, debout, en train de marcher, allongé ou en train de faire n'importe quelle activité. Il est d'ailleurs conseillé d'imaginer cet objet en permanence, tout au long de la journée, sans faire d'effort.
Peu importe comment vous gérez tout cela, vous devez vous satisfaire du niveau que vous atteignez, afin d'éviter qu'une attente excessive de résultats immédiats ne devienne un obstacle pour votre progression. Si vous méditez jusqu'à atteindre, au centre du corps, une « sphère du Dhamma » stable et brillante comme un diamant, vous devez tenter de l'y maintenir en méditant sur elle de manière aussi continue que possible.

Conseils complémentaires


1) Eviter l'effort
Durant votre méditation, ne vous forcez jamais. Ne fermez pas les yeux trop fortement en pensant que vous verrez ainsi plus vite l'objet de méditation. Ne raidissez pas vos bras, votre abdomen ou votre corps, parce que toute forme de tension a pour effet d'éloigner l'esprit du centre du corps vers le lieu de la tension.

2) Ne pas chercher à voir quelque chose à tout prix
Vous devez en permanence conserver un esprit neutre. Ne laissez pas votre esprit être distrait de sa focalisation sur l'objet de méditation et le manta. Ne vous souciez pas du moment où l'objet de méditation va enfin apparaître. L'image apparaîtra d'elle-même lorsque le moment sera venu, tout comme le soleil se lève en suivant son propre rythme.

3) Ne pas se soucier de sa respiration
La méditation, suivant cette technique, débute avec la visualisation d'un objet lumineux (āloka kasiṇa). Une fois atteinte la «sphère du Dhamma», la méditation se prolonge en passant par le corps humain subtil (« corps astral »), le corps « angélique », le corps « de brahmā avec forme », le corps de « brahmā sans forme »3 ; et enfin elle atteint le « corps du Dhamma », le Dhammakāya. Il est alors possible d'orienter sa méditation vers le discernement (vipassanā).
Par conséquent, aucune étape n'exige de pratiquer la concentration sur la respiration.

4) Maintenir en permanence l'esprit au centre du corps
Même lorsque vous en avez terminé avec votre méditation assise formelle, continuez à maintenir votre esprit au centre de votre corps. Peu importe que vous vous teniez debout, que vous marchiez, que vous soyez assis ou couché, ne laissez pas votre esprit s'écarter du centre de votre corps. Continuez à répéter en vous-même « sammā arahaṃ » tout en visualisant la sphère de cristal au centre de votre corps.

5) Déplacer tous les objets apparaissant dans l'esprit vers le centre du corps
Quoi qui puisse apparaître dans l'esprit, déplacez-le (doucement) vers le centre de votre corps. Si l'objet disparaît, inutile de le rechercher tout autour. Continuez à maintenir votre attention au centre du corps en répétant le manta. De fait, lorsque l'esprit deviendra plus paisible, un nouvel objet apparaîtra.


La méditation de base résumée ici mène à un approfondissement du bien être. Celui qui ne cesse de pratiquer, qui cultive une méditation régulière et qui accède à la « sphère du Dhamma », doit essayer de maintenir cette sphère au centre de son corps pour le reste de son existence, tout en menant une vie vertueuse.
Cette pratique constitue un refuge pour la vie et apporte le bonheur, dans l'existence présente comme dans son au-delà.

Cf. la méditation Dhammakāya (avancée)

 

1Cette posture est la position idéale. Si elle est source d'un inconfort pouvant perturber la méditation, toute position confortable (et permettant néanmoins de ne pas s'assoupir) fera l'affaire.

2Ce manta signifie « parfaitement libéré ». Sa récitation permet tout à la fois de se concentrer et d'évoquer le souvenir du Bouddha.
Le son pāli ā est un a long et le ṃ se prononce quasiment comme le ng anglais. Le manta se prononce donc « sammaaa arahang ».

3Ces « corps » correspondent respectivement aux plans d'existence sensuels terrestres, aux plans d'existence sensuels célestes, aux plans d'existence des devā avec forme et aux plans d'existence des devā sans forme. Ils permettent d'y accéder durant la méditation et éventuellement d'y séjourner à l'occasion d'une renaissance.

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