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Maîtres et guides spirituels


Le bouddhisme le plus ancien ne reconnaît l'existence d'aucun raccourci pour atteindre la libération : de ce fait, le « maître » ne peut avoir aucun autre rôle que celui d'enseignant, donnant accès à la vérité généralement voilée par l'illusion.
Et ceci s'applique au Bouddha lui-même :

Vous devez travailler à votre propre libération, car le Tathāgata montre seulement la voie.1

Les textes canoniques, lorsqu'ils évoquent le Bouddha et son apport à l'humanité, soulignent avant tout ses hautes qualités d'enseignant : il est « parfait par sa connaissance et dans les pratiques y conduisant » (vijjā-caraṇa-sampanna), « connaisseur du monde » (loka-vidū), « parfait instructeur de ceux qui peuvent être instruits » (annutara-purisa-dhamma-sārathī), « enseignant des hommes et des êtres divins » (satthā deva-manussānaṃ) ; il est « l'instructeur » (akkhātā), « le connaisseur de la voie » (vedagū), « l 'ami spirituel » (kalyāṇamitta), « le conquérant de la voie » (magga-jina), « le gouverneur du Dhamma » (dhamma-rājā)…
Peu avant son Extinction complète, le Bouddha répondait ainsi à ceux de ses disciples qui s'inquiétaient de bientôt ne plus avoir de maître (satthā) :

Il y a une doctrine enseignée et une discipline établie.
Après mon départ, cette doctrine et cette discipline deviennent votre maître.2

Cela signifie que le Dhamma ayant été pleinement et parfaitement exposé (svākkhāto), la nécessité d'un maître, en tout cas d'un maître parfait, n'est, en principe, plus nécessaire.
Cependant, pour garantir une perpétuation correcte du Dhamma, pour guider les disciples dans les méandres de la méditation, pour incarner et illustrer le lien entre la connaissance et la pratique, la présence d'un enseignant, d'un guide qualifié reste nécessaire.
Le bouddhisme Theravāda confère un rôle important au kalyāṇamitta : le mot, composé de kalyāṇa, « moralement bon », « vertueux », « méritant » et mitta, « l'ami », peut être rendu par « l'ami spirituel ».
Voici la description qu'en donne le Vénérable Narada Thera3 :
Dans le bouddhisme des origines, il n'existe pas de « maître » au sens où l'entend l'hindouisme, c'est-à-dire un individu omniscient et omnipotent. L'on y parle plutôt d'« ami spirituel », d' « ami du bien », que l'on respecte, mais qui n'est pas adoré comme un dieu.
On le respecte car il a parcouru en tout ou partie le chemin et il est donc susceptible de nous guider. Il connaît le processus qui mène à la libération, à l'illumination, les pièges qui sont nombreux, et il est profitable de suivre les enseignements qu'il nous donne ; mais il n'est pas une divinité.
Le moine qui enseigne doit être pur, libéré, ou du moins « entré dans le courant », c'est-à-dire sur le chemin qui mène au nibbāna. A défaut, il faut qu'il maîtrise au moins un jhāna. S'i1n'existe pas un tel moine dans notre entourage, nous pouvons apprendre d'une personne plus modeste, mais familière des textes sacrés du bouddhisme.
Par ailleurs, un véritable « ami spirituel » n'est pas seulement un moine suffisamment avancé sur le « chemin de la pureté », mais aussi un moine qui accepte de parler et de transmettre à d'autres ce qu'il connaît. C'est-à-dire qu'il a une capacité particulière de communication.
Il est aussi nécessaire que l'élève soit qualifié, reconnu suffisamment mûr pour recevoir l'enseignement. A ce propos, il est dit, de manière poétique, que lorsque le Thera Assagutta4 reconnut les qualités d'un jeune homme qui recherchait un maître, il « déroula son tapis dans l'espace, s'y assit les jambes croisées et commença à l'enseigner ».
Ce moine qui enseigne, cet « ami spirituel », doit être considéré avec beaucoup de respect. Le disciple devra lui rendre hommage, lui préparer l'eau froide et l'eau chaude pour son bain, lui retirer ses sandales, arranger sa robe sur son épaule, lui apporter son riz, laver son bol. Tout un rituel de reconnaissance mutuelle, un échange qui montre la motivation du disciple, son aptitude à écouter, à obéir, à suivre sans douter les exercices méditatifs que le maître lui donnera. »

 

1 Dhammapada (S/KHU II/20/n°276)
2 Mahāparinibbāna-sutta (S/DĪG II/3/n°216)
3 La méditation selon le bouddhisme originel, Editions Terre Blanche, 2010
4 Visuddimagga III n°42

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