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Les sources canoniques


Le sens de l'enseignement du Bouddha étant que chaque acte entraîne ses conséquences propres selon une loi immuable que ni les prières, ni les offrandes, ni les rites ne peuvent désarmer, et que chaque vie résulte des précédentes, l'on ne s'étonnera pas qu'une partie de sa méthode pour éduquer son auditoire soit le récit de ses propres vies antérieures et de celles d'autrui.
Le récit de ces vies antérieures est présent dans tous les livres du Canon, mais il fait également l'objet de plusieurs livres spécialisés.

Les Jātakā (« histoires des naissances »)

Sous la forme d'un noyau primitif de strophes accompagnées d'un commentaire en prose, non canonique, les Jātakā sont les récits1 , au nombre de 547, que le Bouddha fit de ses vies antérieures et de celle des principaux disciples qui l'accompagnèrent ou le croisèrent à de multiples reprises durant cette immense pérégrination ; cette série d'existences, le futur Bouddha les vécut sous des formes diverses, humaines et non humaines : divinité, prêtre, roi, ministre, marchand, voleur, garuda (être mi-humain, mi-oiseau), esprit arboricole, esprit de la mer, lion, lièvre, perroquet, singe, serpent... Il vécut les soixante-quatre existences qui précédèrent sa dernière naissance en tant qu'ascète, renonçant à toutes les choses de ce monde, généralement rejoint dans son effort par celui qui devint son principal disciple, Sāriputta, dans leur ultime existence.
Dans son avant dernière vie, il fut le roi Vessantara2 , célèbre pour son absence d'égoïsme et sa générosité, qui fit le vœu de pratiquer le don en offrant tout ce qui lui était demandé, ce qui le conduisit non seulement à donner le trésor de son royaume mais également à céder sa femme et à abandonner ses deux enfants en esclavage3 ; ceux-ci furent finalement rachetés par leur grand-père, au prix de leur poids en or. Ce Vessantara-jātaka rencontra (et continue de rencontrer) un succès considérable auprès du petit peuple bouddhiste fasciné par l'exemple d'un roi renonçant à son rang et à ses fastes : dans les traditions laos, siamoises et chez les Tai Yuan (peuple du Haut Mékong), la lecture de ce très long récit fait l'objet d'un festival spécifique (le Bun Phawet laotien, le Mahachat thaï, le Thang Tham Luang tai yuan) qui donne lieu à des prouesses de mémorisation et de vocalisation de la part des moines. Ce jātaka joua également (et continue de jouer) un rôle primordial dans l'exceptionnelle valorisation du personnage royal en pays Theravāda, une valorisation qui profite aux monarques et, en retour, au bouddhisme : cette ultime vie du bodhisatta nous enseigne tout d'abord que l'accession à la royauté est le résultat d'une fructification des actes positifs accumulés au cours des existences antérieures ; il enseigne ensuite que l'état de roi peut être le prélude d'une renaissance au cours de laquelle l'état de bouddha sera atteint. Ces enseignements sont si prégnants que nombre de rois bouddhistes s'en inspirèrent : ce fut par exemple le cas de plusieurs rois khmers, dont Srīndravarman qui abdiqua en 1307 pour se retirer dans la forêt, et Paramarāja VII qui abdiqua en 1609 pour recevoir l'ordination. De même, la conclusion de l'histoire de Vessantara fut imitée par l'empereur Aśoka, puis, au début de notre ère, par plusieurs rois d'Anuradhapura (Sri Lanka) : ils offrirent leur royaume, eux-mêmes et leur famille, au Saṅgha pour se racheter ensuite à grand prix, combinant ainsi un geste de complète humilité et un geste de large munificence.

L'Apādana

Ce livre est une anthologie dans laquelle 550 therā et 40 therī ayant accédé à l'état d'arahā narrent les actes méritoires de leurs vies antérieures.

Les Therāgāthā et Therīgāthā (« Stances des Anciens et Stances des Anciennes »)

Des arahā, hommes et femmes, donnent une version poétique de leur libération et mentionnent souvent les actes des vies passées qui favorisèrent leur progression spirituelle… ou la retardèrent.

Les commentaires de l'Etada-vagga

L'Etada-vagga est un texte qui désigne la spécialité des 80 meilleurs disciples du Bouddha ; ses commentaires relatent en quelle occasion de leurs vies passées les futurs disciples formulèrent leur aspiration à devenir un disciple éminent et rapportent les événements de leurs vies antérieures qui furent l'occasion d'actes méritoires. Il est intéressant de noter que ce texte accorde une place bien plus importante aux vies précédentes de ces disciples qu'à leur dernière vie passée aux côtés du Bouddha Gotama : le lent progrès est plus exemplaire que l'obtention du fruit final.

 

1Apādana (S/KHU X et XI)
2Therā-gāthā (S/KHU VIII) – Therī-gāthā (S/KHU IX)
3Ekakanipāta-aṭṭhakathā (S/AṄG XII/14) – Ekakanipāta-ṭīkā (S/AṄG XVI/14)

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