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La vie laïque correcte
La préparation des laïques à l’ascèse
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La préparation des laïques à l’ascèse


Le Bouddha exhortait ses disciples laïques à pousser un peu plus loin leur pratique.
Le Bouddha contait qu’il avait été dans une vie précédente un riche brâhmane qui avait distribué d’immenses richesses sous forme d’aumônes, mais qu’aucun bénéficiaire n’avait été digne de ces dons. Plus méritoire que d’abondantes offrandes à des gens indignes, en conclut-t-il, serait de nourrir, ne serait-ce qu’une fois, de nobles disciples, depuis « ceux qui sont entrés dans le courant » jusqu’aux arahā ; plus méritoire encore serait de nourrir un bouddha solitaire, ou plus encore un bouddha parfait, ou de construire un monastère. Mais bien supérieur à cela serait le fait de prendre refuge dans le Bouddha, le Dhamma et le Saṅgha, et de parachever cet acte par l’observance des cinq préceptes ; et il serait bien meilleur encore de pouvoir absorber un peu du parfum de la bienveillance. Cependant, ce qui surpasserait tout serait de cultiver, même pendant la durée d’un claquement de doigts, la compréhension, par la méditation, de l’impermanence.19
Cette compréhension de l’impermanence peut être recherchée lors de retraites régulières, qui permettent progressivement d’acquérir le goût de l’ascèse et de préparer les laïques au renoncement, dés cette vie ou dans l’une des suivantes.

Maîtres de maison, vous avez fourni à la communauté des moines vêtements, nourriture, abris, médicaments, mais vous ne devriez pas vous satisfaire de cette pensée : « nous avons fourni à la communauté des moines vêtements, nourriture, abris, médicaments ». Vous devriez vous entraîner ainsi : « entrons et demeurons périodiquement dans la solitude et la joie spirituelle ». Voilà comment vous devriez vous entraîner (…)
Quand un disciple entre et demeure dans la solitude et la joie spirituelle, cinq possibilités cessent d’exister à ce moment-là : la douleur et la détresse provenant de la sensualité cessent d’exister à ce moment-là ; le plaisir et la joie provenant de la sensualité cessent d’exister à ce moment-là ; la douleur et la détresse provenant de ce qui est non profitable cessent d’exister à ce moment-là ; le plaisir et la joie provenant de ce qui est inapproprié cessent d’exister à ce moment-là ; la douleur et la détresse provenant de ce qui est approprié cessent d’exister à ce moment-là. Lorsqu’un disciple entre et demeure dans la solitude et la joie spirituelle, ces cinq possibilités cessent d’exister à ce moment-là.20

Soulignons qu’il ne s’agit surtout pas de brûler les étapes. Le Bouddha et ses premiers grands disciples se méfiaient de l’enthousiasme des néophytes : à une légitime précaution pédagogique s’ajoutait le souci de ne pas, en opérant des conversions trop massives, heurter frontalement les autres courants religieux et les autorités politiques qui garantissaient leur existence. Il existe de très nombreux exemples de ce double sens de la mesure.
Ainsi, lorsqu’un disciple laïc exprima le désir d’être ordonné moine, il en fut dissuadé par ces mots : « il est difficile de dormir seul, de ne faire qu’un repas par jour, d’observer le célibat aussi longtemps que dure la vie. Il serait préférable que, tout en restant maître de maison, tu mettes en pratique les enseignements du Bouddha et, en temps voulu, tu pourras dormir seul, faire un repas par jour et observer le célibat » ; ces mots dissipèrent pour un temps, celui de la réflexion, l’enthousiasme du laïque ; il reformula quelques temps après une nouvelle demande et essuya un nouveau refus ; ce n’est qu’à la troisième demande (la forme de l’insistance dans l’Inde ancienne) qu’il obtint enfin l’ordination mineure.21
Le renoncement et l’ascèse des religieux ne sont donc pas le fruit d’un choix radical et anormal mais la continuité logique des premiers pas en tant que laïques sur le sentier de la progression spirituelle.

Le renoncement et l’ascèse


Depuis son origine, la tradition Theravāda a, de fait, considéré le but ultime, le nibbanā, comme accessible presque exclusivement aux renonçants, non pour des raisons dogmatiques mais en se bornant à constater l’évidente impossibilité pour un laïque de progresser au-delà du don et de la simple morale, vers la connaissance et la sagesse, tout en menant une vie familiale et professionnelle, de surcroît dans des contextes économiques, sociaux et culturels le plus souvent défavorables. Rappelons que la méditation constitue l’unique voie permettant d’atteindre le but ultime du bouddhisme ; toute personne ayant pratiqué la culture mentale sait combien celle-ci requiert de silence, de calme, d’intimité, toutes conditions difficiles à trouver dans la vie mondaine.

Il faut souligner ici la lucidité et la grande tolérance du bouddhisme devant les hésitations à choisir cette voie difficile ; le Bouddha donna l’exemple de cette compréhension tout d’abord en dissuadant ceux qu’il ne sentait pas mûrs pour un tel choix, mais également en admettant qu’un disciple puisse s’y reprendre à plusieurs reprises avant de se décider à demeurer moine. Pour l’anecdote, le record canonique semble être détenu par le moine Citta qui entra et sortit du Saṅgha à six reprises avant d’y revenir une septième et ultime fois22 ; un Commentaire nous apprend d’ailleurs que cette valse hésitation avait commencé dans une existence antérieure.
Les qualités individuelles et les contraintes extérieures font qu’il existe naturellement une multitude de nuances et de degrés dans la pratique du renoncement.
Tout d’abord, il y a ceux qui choisissent cette voie pour obéir à une volonté parentale et plus généralement ceux qui deviennent moines pour des motifs non spirituels ; personne ne se faisait et ne se fait d’illusion à ce sujet dans le contexte souvent misérable des sociétés asiatiques :

- Vénérable, dans quel but toi et tes pareils entrez-vous en religion ? Et, selon vous, quel est le but ultime ?
- Pourquoi, ô Roi, si ce n’est pour que cesse la souffrance actuelle et qu’aucune autre ne se produise ? C’est là le but de notre entrée en religion, et notre but ultime est le nibbāna parfait.
- Est-ce que tous entrent en religion dans ce but ?
- Non pas ; certains le font dans ce but, d’autres parce qu’ils sont menacés par le roi ou par des voleurs, d’autres pour échapper à leurs dettes, d’autres encore pour assurer leur subsistance ; mais ceux qui entrent en religion de manière correcte le font dans ce but.
- Est-ce ton cas, Vénérable ?
- Etant entré en religion dans mon enfance, je ne pouvais savoir que c’était dans ce but. Mais je me suis dit : « les ascètes bouddhistes sont des sages et ils veilleront à mon instruction » ; à présent, instruit par eux, je sais quel est le but de l’entrée en religion.23

Partageant dans leur grande majorité le même point de départ que ce Vénérable, nombre de moines progressent laborieusement en se «limitant» à ne pas enfreindre le Vinaya.
Une minorité de renonçants, ceux dont les qualités le permettent, s’orientent en revanche vers une pratique plus épurée et plus profonde.

Les nuances et degrés dans la pratique du renoncement dépendent également du niveau de l’engagement monastique. Les religieux se répartissent en deux grandes catégories : les novices (sāmaṇerā ) et les moines (bhikkhū).
Après avoir effectué un rituel de sortie du monde, le novice revêt le même habit que les moines (ce qui induit généralement en erreur les observateurs non avertis ; combien de légendes de photographies mentionnent de « jeunes moines » là où ne figurent en fait que de jeunes élèves d’une école bouddhiste ou des novices), observe les dix préceptes, et effectue son apprentissage de la vie monastique ; cet état est souvent réservé à ceux qui sont trop jeunes (moins de 20 ans) pour recevoir l’ordination complète ; pour un adulte ce passage par l’état de novice peut être extrêmement bref.
Les moines reçoivent l’ordination complète et suivent la totalité des préceptes du Vinaya résumés par les 227 règles du Patimokkhā. Parmi les moines, des distinctions s’opèrent en fonction de leur ancienneté (ou de leurs qualités spirituelles) et de leur rôle dans l’administration du monastère ; dans les nations où le bouddhisme est reconnu comme religion d’Etat, comme la Thaïlande, les moines se voient également attribuer des diplômes sanctionnant leur niveau d’éducation religieuse (en particulier leur connaissance de la langue pāli et des textes canoniques) et des titres reconnaissant leur apport au Saṅgha.


19Velāma-sutta (S/AṄG IX/2/10/n°20)
20Pīti-sutta (S/AṄG V/18/6/n°176)
21Soṇassa-pabbajjā (VIN III/5/147/n°243)
22Poṭṭhapāda-sutta (S/DĪG I/9/n°437-440)
23Milindapañha II/1/5/n°5



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