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Les trois bases d'activité profitable
La vie laïque généreuse
La vie laïque correcte
La préparation des laïques à l’ascèse
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La vie laïque correcte


Il n’y a dans le bouddhisme aucune contradiction entre les normes nécessaires à l’accomplissement d’une vie individuellement et socialement profitable et les normes nécessaires à une bonne renaissance.

De ce fait, qu’il y ait ou non des vies futures devrait être sans importance concernant la manière de mener notre vie présente ; le Bouddha recommande d’ailleurs aux laïques une attitude sage et infaillible concernant la question de la vie après la mort : supposons, dit-il12 , qu’une personne accepte l’idée du kamma et d’une vie après la mort tandis qu’une autre personne la rejette. La seconde personne n’accomplira aucun acte profitable et n’évitera pas les actes non profitables ; elle donnera libre cours à ses désirs et ne respectera par les règles morales minimales ; si la loi du kamma est effective, cette personne est sûre de reprendre naissance dans un règne inférieur et de durement souffrir durant une longue série d’existences. En revanche, la personne qui accepte l’idée du kamma et des renaissances évitera l’immoralité et cultivera la vertu ; même si le kamma et les renaissances sont une illusion, au moins sera-t-elle dans son unique vie une personne respectable et respectée ; si la loi du kamma est effective, cette personne est assurée de reprendre naissance dans un règne favorable. Ainsi, accepter l’idée du kamma et des renaissances est simplement une attitude positive et pragmatique :

Supposons qu’il y ait, après la mort, des résultats pour les actes bons et mauvais. En ce cas, il est possible pour moi de renaître, après la dissolution du corps, après la mort, dans un état céleste où se trouvent des bonheurs divins. Ceci est le premier soulagement.
Supposons qu’il n’y ait pas, après la mort, des résultats pour les actes bons et mauvais. Tout de même, ici et maintenant, dans cette vie, je demeure sain et sauf avec une pensée heureuse, libérée de la haine, de la malveillance. Cela est le second soulagement.13

En tout état de cause, le fondement des enseignements moraux et sociaux du Bouddha ne diffère pas de celui de ses enseignements spirituels : l’existence d’un cycle des renaissances dominé par la souffrance et qu’il convient, au minimum, d’orienter et au maximum de dépasser. Le Bouddha explique ainsi14 que l’immoralité emporte cinq conséquences négatives : la pauvreté matérielle, une mauvaise réputation, la défiance sociale, l’anxiété au moment de la mort et une renaissance défavorable ; et inversement que la moralité emporte cinq conséquences positives : la richesse matérielle, une bonne réputation, la confiance sociale, la sérénité au moment de la mort et une renaissance favorable.

Pour enseigner la nécessité du don et la morale et leurs bienfaits dans cette vie comme dans les suivantes, l’enseignement d’un bouddha n’était d’ailleurs pas indispensable, tout sage véritable pouvant faire l’affaire ; quoi qu’il en soit, il n’existe qu’une morale et qu’une pratique efficaces :

Dans le passé le plus lointain, tous les renonçants et les brâhmanes qui ont purifié leurs actes corporels, leurs actes verbaux et leurs actes mentaux, tous l’ont fait de la même manière (…) ; dans le futur le plus éloigné tous les renonçants et les brâhmanes qui purifieront leurs actes corporels, leurs actes verbaux et leurs actes mentaux, tous le feront de la même manière (…) ; dans le présent également, tous les renonçants et les brâhmanes qui purifient leurs actes corporels, leurs actes verbaux et leurs actes mentaux, tous le font de la même manière.15

Le Bouddha ne refusait jamais d’enseigner aux laïques la partie minimale de sa doctrine, celle qui « permet d’atteindre le bien être et le bonheur dans cette vie même et au-delà de cette vie présente »16 . C’est l’objet principal de quelques suttā17 , en fait assez peu nombreux dans la mesure où la préoccupation première du Bouddha n’était pas d’expliquer la manière dont la vie ordinaire devait être menée, mais de diriger les disciples vers les plus hauts sommets du progrès intérieur et l’abolition définitive de la souffrance.
Pour les laïques hommes et femmes, cette morale minimale est résumée dans les cinq préceptes*.

Insistons bien sur le fait qu’il doit s’agir d’une pratique réelle, comprise, consentie, suivie, et non de rituels de pure forme ; il ne sert à rien de «prier», il est préférable d’agir :

Il existe, maître de maison, cinq choses désirables, plaisantes, agréables, qui sont rares dans ce monde. Quelles sont ces cinq choses ? Ce sont une vie longue, la beauté, le bonheur, la renommée et la renaissance dans un plan d’existence élevé. Mais, maître de maison, je n’enseigne pas qu’on puisse obtenir ces cinq choses par la prière ou par les vœux. Si on pouvait les obtenir par la prière ou les vœux, qui s’en priverait ?
Pour un noble disciple, maître de maison, qui souhaite avoir une longue vie, il ne sert à rien de prier pour une longue vie ou de prendre plaisir à le faire. Mieux vaut qu’il suive un chemin menant à une longue vie. En suivant un tel chemin, il obtiendra une longue vie, humaine ou divine.
(…) Pour un noble disciple, maître de maison, qui souhaite avoir une renaissance dans un plan d’existence élevé, il ne sert à rien de prier pour une renaissance paradisiaque ou de prendre plaisir à le faire. Mieux vaut qu’il suive un chemin menant à une renaissance paradisiaque. En suivant un tel chemin, il obtiendra une renaissance dans un plan d’existence élevé.18

Il est important de souligner au passage la parfaite égalité des hommes et des femmes en matière de respect des préceptes de moralité, y compris dans le domaine de la sexualité : le Bouddha ne partageait pas l’opinion, largement répandue dans l’Inde traditionnelle
− et bien au-delà ! − que la relation sexuelle est le résultat d’une tentation de l’homme par la femme ; ce refus de la diabolisation s’adresse également aux moines auxquels il est simplement conseillé de considérer les femmes, selon leur âge, comme une mère, une sœur ou une fille, ceci permettant d’éviter la tentation éventuelle sans pour autant jeter l’anathème sur la gente féminine.

 

12Āpaṇṇaka-sutta (S/MAJ II/1/10)
13Kālāma-sutta (Kesamutti-sutta) (S/AṄG III/7/5/n°66)
14Mahāparinibbāna-sutta (S/DĪG II/3/n°149-150)
15Ambalaṭṭhikarāhulōvāda-sutta (S/MAJ II/2/1/n°112)
16Dīghajāṇu-sutta (S/AṄG VIII/6/4/n°54)
17Le plus complet, véritable code de discipline laïc, est le Siṅgāla-sutta (S/DĪG III/8) ; se distinguent également les conseils donnés à Anāthapiṇṭika, un riche bienfaiteur du Saṅgha, textes dispersés dans l’Aṅguttara-nikāya, comme l’Ānaṇya-sutta (S/AṄG IV/7/2/n°62) ; le Dīghajāṇu-sutta inclut des conseils de bonne gestion (S/AṄG VIII/6/4/n°54) ; cf. également le Veḷudvāreyya-sutta (S/SAṂ V/11/1/7/n°1003).
18Iṭṭha-sutta (S/AṄG V/5/3/n°43)



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