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Les quatre nobles vérités


Les quatre « nobles vérités » (ariya-saccā) exposées dans le premier discours du Bouddha et développées dans tout son enseignement ultérieur constituent en quelque sorte le résumé du Dhamma (skt. Dharma) :

Il lui expliqua la doctrine dont l'explication est donnée seulement par les bouddhas, c'est-à-dire la souffrance, l'origine de la souffrance, la cessation de la souffrance et la voie menant à la cessation de la souffrance.1

1) La souffrance

La première de ces vérités pose le constat fondamental du bouddhisme (et de la pensée indienne antique), un constat justifiant et structurant tout l'enseignement du Bouddha : l'existence est souffrance.

Voici, bhikkhū, la noble vérité de la souffrance : la naissance est souffrance, le vieillissement est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, le chagrin et les plaintes, la douleur, l'affliction et la détresse sont souffrance, être uni avec ce que l'on n'aime pas ou ce qui déplaît est souffrance, être séparé de ce que l'on aime ou de ce qui plaît est souffrance, ne pas obtenir ce que l'on désire est souffrance. En bref, les cinq agrégats de l'attachement sont souffrance.2

2) L'origine de la souffrance

Le mot dukkha constitue un bon exemple des difficultés de traduction induites par la richesse des notions bouddhistes : il est le plus fréquemment traduit par « la douleur » ou « la souffrance », et parfois, selon le contexte, par « l'insatisfaction », « le mal être » etc. ; chacune de ces traductions est acceptable mais aucune ne rend compte à elle seule de l'extension et de la complexité de dukkha. Certains choix de traduction sont parfois étranges, ou issus de contresens, comme la reprise en français du terme anglais « stress » qui possède dans notre langue une connotation psychologique particulière ; un tel choix semble réduire le bouddhisme à une méthode de relaxation.
Si le terme de « souffrance » paraît le plus susceptible de recouvrir tous les sens ou connotations portées par dukkha, il peut sembler tout aussi préférable de conserver le mot pāli.
La richesse du terme dukkha est illustrée par son découpage traditionnel en de multiples catégories :
- dukkha dukkha : la souffrance ordinaire, physique et psychique
- vipariṇāma dukkha : la souffrance due au changement, physique et psychique
- saṅkhāra dukkha : la souffrance due à la nature conditionnée et conditionnante de toutes choses
Ou encore, plus précisément :
- sabhāva dukkha : la souffrance due aux contraintes de la nature, la naissance, la maladie, le vieillissement et la mort ; cette forme de souffrance inclut les quatre peurs existentielles correspondantes, la peur de la renaissance, la peur de la maladie, la peur de la vieillesse et celle de la mort
- nibaddha dukkha : la souffrance physique résultant à la fois de facteurs externes et internes, comme le froid, la chaleur, la faim, la soif
- pakiṇṇaka dukkha : la souffrance mêlée, à la fois mentale et physique
- kāyika dukkha : la souffrance purement corporelle
- santāpa dukkha : la souffrance née du fait d'être consumé par les « trois poisons » ou les « trois feux » c'est à dire le désir (lobha ou rāga), l'aversion (dosa) et l'égarement (moha)
- vipāka dukkha : la souffrance comme résultat de nos propres actes négatifs
- sahagata dukkha : la souffrance accompagnant certains états ou certaines situations (le fait d'être riche et de craindre pour sa richesse, le fait d'être critiqué, le fait de voir son statut social décliner etc.)
- āhārapariyeṭṭa dukkha : la souffrance née de la façon de subvenir à ses besoins (métiers moralement condamnables pour le bouddhisme, en particulier ceux liés à la destruction d'êtres vivants, comme boucher ou marchand d'armes)
- vivādamūlaka dukkha : la souffrance provenant de disputes et de dissensions entre parents, amis ou au sein d'une communauté
- dukkha khandha : la souffrance née des cinq agrégats qui constituent le corps et l'esprit de l'entité conventionnellement appelée l'être humain : agrégats de la matière, de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience discriminative

Des penseurs trop rapides ou mal intentionnés ont déduit de l'affirmation de cette vérité de la souffrance que le bouddhisme était une doctrine pessimiste, les mêmes penseurs ayant en général complété cette déduction par l'assimilation du but ultime du bouddhisme, le nibbāna, avec un néant salvateur permettant d'en finir avec la souffrance. Dans son ouvrage, Entrez dans l'espérance, le Pape Jean-Paul II, par exemple, commet une telle erreur d'interprétation lorsqu'il déclare : « l'illumination expérimentée par le Bouddha repose sur la conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de mal et de souffrance pour l'homme ». A l'opposé de cette caricature, le monde, pour les bouddhistes, n'est ni bien ni mal : il est tel qu'il est. Les racines de la souffrance ne sont pas « le monde » mais les sources indésirables des actions négatives : le désir, l'aversion et l'égarement.
L'enseignement du Bouddha n'est donc ni pessimiste ni optimiste ; il est réaliste.
Soulignons, au passage, ce que la statuaire bouddhique rend si bien : le Bouddha n'est ni lugubre ni mélancolique, il est serein ; ses contemporains le décrivaient comme « toujours souriant » ; le roi du Kosalā, s'adressant au Bouddha3 , lui fit la remarque qu'à la différence de beaucoup d'adeptes d'autres systèmes religieux, ses disciples étaient « joyeux et transportés, jubilants et exultants, heureux dans leur vie spirituelle, leurs facultés satisfaites, exempts d'anxiété, sereins, paisibles et vivant d'un cœur léger (littéralement : avec un esprit de gazelle !) ».

3) La possible cessation de la souffrance

L'absence de pessimisme du Bouddha et du bouddhisme provient du fait que l'affirmation de l'omniprésence de la souffrance n'est pas isolée ; elle est suivie de trois autres affirmations : que la souffrance peut être expliquée et comprise ; que cette compréhension permet d'affirmer la possibilité d'une cessation de la souffrance ; qu'il existe effectivement une voie permettant de mettre fin à la souffrance :
On énonce d'abord la souffrance pour susciter un sentiment d'urgence chez les êtres qui s'attachent aux plaisirs délectables de l'existence. Ensuite l'origine pour leur montrer que la souffrance n'est pas incréée, ni créée par un dieu, mais qu'elle provient de sa cause spécifique. Puis la cessation, pour que ceux qui, avec un sentiment de très grande urgence, cherchent à échapper à la souffrance qui les submerge − et à sa cause − se délectent de savoir qu'il existe une issue. Enfin le chemin qui mène à la cessation, pour leur permettre d'y parvenir.4

4) Le chemin menant à la cessation de la souffrance

Quelle est, bhikkhū, la voie menant à l'extinction de la souffrance ? C'est le noble sentier octuple de la vue juste, de l'intention juste, de la parole juste, de l'action juste, du moyen d'existence juste, de l'effort juste, de l'attention juste, de la concentration mentale juste.5

Cf. Le noble sentier octuple*

 

1Sīha-sutta (S/AṄG VIII/2/2/n°12)
2Dhammacakkappavattana-sutta (S/SAṂ V/12/2/1/n°1081)
3Dhammacetiya-sutta (S/MAJ II/4/49n°369)
4Visuddhimagga XVI § 30
5Mahāsatipaṭṭhāna-sutta (S/DĪG II/9/n°402)

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