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Index de l'article
Le noble sentier octuple
L'intention juste
La parole juste
L'action juste
Le moyen d'existence juste
L'attention juste
La concentration mentale juste
Toutes les pages

8) La concentration mentale juste (sammā samādhi)

La concentration juste est la pratique des quatre jhānā (skt. dhyānā) :

Et qu'est-ce donc, bhikkhū, que la concentration mentale juste ? Isolé des plaisirs des sens, isolé des états non profitables, un bhikkhu entre et demeure dans le premier jhāna, qui est accompagné par l'application initiale et soutenue de l'esprit, et empli du ravissement et du bonheur nés de l'isolement.
Alors, en dépassant l'application initiale et soutenue de l'esprit, en gagnant la confiance intérieure et l'unification mentale, il entre et demeure dans le second jhāna, qui est libre de toute application initiale et soutenue mais demeure empli du ravissement et du bonheur nés de la concentration.
Avec la disparition du ravissement, il demeure dans l'équanimité, atteignant la compréhension attentive et claire ; et il expérimente en lui-même cette félicité dont les ariyā disent : « il vit heureux celui qui est équanime et attentif » ; alors il entre et demeure dans le troisième jhānā.
Avec l'abandon du plaisir et de la douleur et la disparition préalable de la joie et de la peine, il entre et demeure dans le quatrième jhāna, caractérisé par l'absence de plaisir et de douleur et par la pureté de l'esprit due à l'équanimité.
Voici, bhikkhū, ce qu'est la concentration juste.42

Au-delà de ces quatre jhānā matériels, le méditant accède aux quatre jhānā immatériels définis non plus comme la purification des états mentaux mais comme la purification des phénomènes, par le remplacement des phénomènes grossiers par des phénomènes infiniment subtils : l'espace infini, la conscience infinie, le néant, l'état sans perception ni absence de perception.
Le détail de cette pratique est présenté en détail dans la section consacrée à la méditation. mentale ; nous y renvoyons nos lecteurs.
La pratique de la concentration mentale peut être complétée par la mention d'une autre technique que les Commentaires43 nomment khaṇika-samādhi, « concentration momentanée » : le méditant ne tente pas d'écarter du champ de son attention la multiplicité des phénomènes ; il dirige simplement son attention sur les états sans cesse changeant du corps et de l'esprit, la tâche consistant à maintenir une attention continue à tout ce qui est perçu, sans jamais s'y attacher ; ce faisant la concentration devient de plus en plus forte jusqu'au moment où elle s'établit durablement sur le changement constant des événements ; malgré les incessantes substitutions d'objets, l'unification mentale demeure ferme et acquiert une force capable de supprimer les obstacles et d'ouvrir la voie à la sagesse.

Ces huit aspects de la voie sont regroupés par le Bouddha sous trois catégories : pañña, sīla et samādhi. Si le premier et le dernier terme sont aisément traductibles, respectivement par « la sagesse » et « la concentration mentale », le traitement du terme de sīla est plus délicat et les implications de ce traitement sur la compréhension de la parole juste, de l'action juste, du moyen d'existence juste, ne sont pas anodines.
Sīla, dans le Canon, signifie soit les principes moraux eux-mêmes, soit l'action conforme aux principes moraux, soit les qualités de caractère résultant de l'observance des principes moraux. Souvent, sīla est formellement défini comme l'abstention des actions verbales et corporelles non profitables ; cette définition, centrée sur l'action extérieure, est trop superficielle : nous l'avons vu, chaque précepte a deux aspects, un aspect négatif, consistant à éviter, à prévenir et un aspect positif, consistant à agir, à pratiquer. Si le Bouddha insiste sur le premier aspect, ce n'est pas parce qu'il serait suffisant, mais par souci pédagogique, dans la mesure où il est plus simple de ne plus faire que de faire ; mais la conduite morale est bien triple :

S'abstenir de tout ce qui est mal, pratiquer ce qui est favorable et purifier l'esprit. Telle est la religion des buddhā.44

L'Abhidhamma assimile sīla à l'ensemble des facteurs mentaux d'abstention (virati) – la parole juste, l'action juste et les moyens d'existence juste – et souligne que ce qui est cultivé à travers l'observance des préceptes moraux, c'est l'esprit. Ainsi, tout en apportant d'incontestables bénéfices extérieurs par la suppression des actions socialement négatives, sīla apporte principalement un bénéfice intérieur, personnel, de purification mentale, en interdisant au désir, à l'aversion et à l'égarement de dicter leurs lignes de conduite.
Les Commentaires, quant à eux, expliquent le mot sīla par un autre mot, samādhāna, qui signifie « la coordination », « l'harmonie » : observer sīla conduit en effet à l'harmonie à tous les niveaux, social (en établissant la solidité des relations interpersonnelles, en diminuant l'influence des intérêts égoïstes facteurs de conflit), psychologique (en faisant disparaître les conflits intérieurs, en particulier ceux causés par la culpabilité et le remord qui suivent les transgressions morales), « kammique » (en favorisant des re-naissances favorables), méditatif (en établissant la pureté de l'esprit, préliminaire indispensable au développement de concentration et de la sérénité).

Pañña
La vue juste
- La connaissance de la loi du kamma
- La connaissance de la souffrance
- La connaissance de l'origine de la souffrance
- La connaissance de la cessation de la souffrance
- La connaissance de la voie menant à la cessation de la souffrance

L'intention juste
- L'intention de la renonciation
- L'intention de la bienveillance
- L'intention de la non violence

Sīla
La parole juste
- L'abstention du mensonge
- L'abstention de la calomnie
- L'abstention des paroles dures
- L'abstention du bavardage
L'action juste
- L'abstention du meurtre
- L'abstention du vol
- L'abstention de l'inconduite sexuelle
Le moyen d'existence juste
- L'abandon des moyens d'existence erronés
- Le choix de moyens d'existence corrects

Samādhi
L'effort juste
- L'effort de restreindre les fermentations mentales
- L'effort d'abandonner les fermentations mentales
- L'effort de cultiver les états favorables
- L'effort de maintenir les états favorables
L'attention juste
- La contemplation consciente du corps
- La contemplation conscience des sensations
- La contemplation conscience de l'esprit
- La contemplation consciente des phénomènes
La concentration mentale juste
- La réalisation du premier jhāna
- La réalisation du second jhāna
- La réalisation du troisième jhāna
- La réalisation du quatrième jhāna

La présentation de ces huit « branches » du sentier sous forme linéaire et la métaphore du chemin ont leur limite : il est indispensable, en effet, de noter que le Bouddha parlait d'« un sentier octuple » et non d'un sentier en huit étapes successives. Les trois « sections » de la voie sont interdépendantes et fonctionnent simultanément, non les unes après les autres :

Voici le comportement moral, voici la concentration mentale, voici la sagesse : la concentration mentale devient un résultat important et un avantage important lorsqu'elle est développée avec le comportement moral. La sagesse devient un résultat important et un avantage important lorsqu'elle est développée avec la concentration mentale. La pensée développée avec la sagesse se libère des fermentations mentales, c'est-à-dire de la fermentation des désirs, de la fermentation du devenir, de la fermentation des croyances et de la fermentation de l'ignorance.45

Et la dynamique qui traverse ces huit aspects de la voie, menant à la connaissance et à la libération, relève de la loi naturelle de la cause et de l'effet, de l'« ordre des choses » :

Il est conforme à l'ordre des choses que chez une personne vertueuse, à la vertu achevée, émerge l'absence de remord (…), il est conforme à l'ordre des choses que chez une personne libérée du remord, le contentement émerge (…), que chez une personne contentée, le ravissement émerge (…), que chez une personne ravie, le corps soit apaisé (…), qu'une personne dont le corps est apaisé ressente du plaisir (…), que l'esprit d'une personne qui ressent du plaisir se concentre peu à peu (…), qu'une personne dont l'esprit est concentré voient les choses telles qu'elles sont réellement (…), qu'une personne qui voit les choses telles qu'elles sont en soit détachée (…), qu'une personne détachée n'ait plus de passions (…), qu'une personne sans passion réalise la connaissance et la vision de la libération.46


42Mahāsatipaṭṭhāna-sutta (S/DĪG II/9/n°402)
43Bhāvetabbaniddesa-vaṇṇanā (S/KHU XLIV/1/n°25) – Pakiṇṇakakathā-vaṇṇanā (S/KHU XLII/2/n°11)
44Dhammapada (S/KHU II/14/n°183)
45Mahāparinibbāna-sutta (S/DĪG II/3)
46Cetanākaraṇīya-sutta (S/AṄG XI/2/n°2)



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