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Index de l'article
Le noble sentier octuple
L'intention juste
La parole juste
L'action juste
Le moyen d'existence juste
L'attention juste
La concentration mentale juste
Toutes les pages

5) Le moyen d'existence juste (sammā ājīva)

Le Bouddha a défini, dans quelques suttā, ce qu'il faut entendre par « moyens d'existence justes » : la richesse doit être acquise par des moyens légaux, pacifiques et honnêtes ; elle ne doit pas provenir d'activités basées sur la souffrance d'autres êtres comme la boucherie, le trafic d'êtres humains ou d'armes, la vente de poisons ou de drogues17 . De manière générale, une profession qui implique la transgression de la parole juste et de l'action juste ne peut être une profession juste ; on constatera, à l'aune de ces critères, combien notre monde moderne repose sur des moyens d'existence injustes.
Les renonçants religieux, sont également concernés par cette règle : leurs moyens d'existence et la façon de les recevoir étant définis par le Vinaya, tout autre moyen d'existence est incorrect. Le Bouddha condamnait notamment très sévèrement les diverses prestations magiques, divinatoires, paramédicales ou ritualistes qui pourraient être réalisées par des moines en échange de leur subsistance.

6) L'effort juste (sammā vāyāma)

Le Bouddha ne cesse de souligner la nécessité de l'effort, de la diligence, de la persévérance. La raison pour laquelle cet effort est si crucial est que chacun doit œuvrer à sa propre délivrance, que personne d'autre ne peut s'en charger et qu'il n'existe aucun raccourci pour atteindre ce but. Le Bouddha montre la voie et en enseigne tous les aspects, mais son rôle « s'arrête là » : il reste au disciple à mettre en pratique ces enseignements et à parcourir la voie :

Vous devez travailler à votre propre libération, car le Tathāgata montre seulement la voie.18

Parcourir la voie demande de l'énergie (viriya), une énergie toute entière appliquée à la culture mentale qui, de fait, constitue le chemin : le point de départ est un esprit pris dans les liens du désir, de l'aversion et de l'illusion, un esprit soumis à la souffrance ; le but est un esprit libéré, délivré de la souffrance ; entre les deux se situe l'effort.
Cet effort prend quatre formes19 ; les deux premières concernent les états non profitables : la restriction et l'abandon. Les deux dernières concernent les états profitables : le développement et le maintien.

Et qu'est-ce donc, bhikkhū, que l'effort juste ? Voici le cas où un bhikkhu génère le désir, l'effort, suscite la persévérance, maintient et exerce son intention afin d'éviter l'apparition de ce qui est mal, de ce qui est non profitable et qui n'est pas encore apparu (…), afin d'abandonner ce qui est mal, ce qui est non profitable et qui est déjà apparu (…), afin de susciter ce qui est profitable et qui n'est pas encore apparu (…), afin de maintenir la non confusion, l'augmentation, la plénitude, le développement et l'apogée de ce qui est profitable et qui est déjà apparu. Voici, bhikkhū, ce qu'on appelle l'effort juste.20

Quels sont les états non profitables qui doivent être restreints puis abandonnés ? Ce sont cinq états mentaux qui font obstacle à la concentration, à la méditation :
- le désir des sens
- la malveillance, au sens propre de « mauvais vouloir »
- la torpeur des facultés mentales
- l'agitation mentale, le regret et l'inquiétude
- le doute, le scepticisme
Quels sont les états profitables qui doivent être développés puis maintenus ? Ce sont les états mentaux opposés aux « cinq obstacles », c'est-à-dire les cinq « facteurs des jhānā » :
- l'implantation, l'action d'amener l'esprit à son objet de méditation ou plutôt à la réplique mentale de l'objet de méditation
- le maintien , l'action de fixer et d'ancrer solidement l'esprit dans l'objet de la méditation
- le ravissement, décrit comme fierté, joie, jubilation, euphorie et satisfaction de l'esprit
- la sensation de bien être
- la capacité de concentration qui se traduit par l'absence de divagation de l'esprit
La cible première et principale de l'effort est le « désir des sens », l'expression désir des sens ne devant pas être comprise dans son sens imagé et très retreint de « désir sexuel », ni dans son sens moins étroit de « recherche du plaisir des sens », mais dans son sens le plus vaste et le plus neutre de « désir généré par l'activité des sens ». L'activité mentale commence par la réception de données relatives aux objets ou au phénomènes à travers les portes des sens, se poursuit par le traitement de ces données, et s'achève par la fabrication d'une réponse appropriée ; lorsque l'esprit reçoit ces données de manière anarchique, sans sage considération, les objets des sens provoquent des états non profitables, par leur impact immédiat ou en déposant dans l'esprit des traces qui « fermenteront » sous la forme d'idées, d'images, de fantasmes. Pour mettre fin à cette prolifération incontrôlée, le Bouddha utilise l'attention et la restriction :

Quand il perçoit une forme avec l'œil, un son avec l'oreille, une odeur avec le nez, un goût avec la langue, une sensation avec le corps ou un objet avec l'esprit, il ne se saisit ni de son signe21 , ni de ses caractéristiques. Et il s'efforce d'éviter ce qui pourrait produire des états mauvais et non profitables, l'avidité et la détresse, s'il demeurait avec des sens sans surveillance ; et il surveille ses sens, il maîtrise ses sens.22

La restriction des sens n'est donc pas synonyme de rejet des objets des sens, de retrait total du monde des sens : ce rejet complet et ce retrait sont impossibles, et même s'ils étaient réalisables, ils ne résoudraient pas un problème dont les racines se situent à l'intérieur de l'esprit, non dans les objets des sens ou dans les organes des sens. On retrouve ici la source de la grande tolérance de la morale bouddhique : ni les personnes désirables, ni les organes des sens ne sont désignés comme honteux ; si honte il doit y avoir, elle ne concerne que celui qui ne sait pas contrôler ses sens ou l'effet de ses sens sur son esprit.
Lorsque l'attention et la restriction échouent, ou que des états non profitables surgissent des profondeurs du continuum mental, l'effort devra porter sur leur abandon. Il n'existe pas de méthode unique pour ce faire mais tout un choix de remèdes adaptés aux différents obstacles. Le Bouddha enseigne23 notamment cinq techniques destinées à expulser les pensées indésirables.
La première consiste à remplacer la pensée indésirable par son exact opposé ; cette technique fait l'objet de méthodes de méditation adaptées aux obstacles : le remède au désir consiste en une méditation sur l'impermanence ; le remède au désir sexuel consiste en une méditation sur ce que le corps peut avoir de non attractif ; le remède à la malveillance consiste en une méditation sur la bienveillance ; le remède à la torpeur consiste en une concentration vigoureuse sur un objet de méditation adapté ; le remède à l'agitation mentale consiste en une forme de méditation apaisante comme celle utilisant la respiration ; le remède au doute consistera plutôt en une étude plus approfondie des enseignements.
La seconde technique consiste à utiliser la force du sentiment de honte ou de peur, non pas de manière brute et primaire mais par la réflexion et la méditation sur les conséquences des pensées indésirables si celles-ci proliféraient dans l'esprit ou étaient transformées en actions.
La troisième technique consiste tout simplement en une diversion paisible de l'attention, comme lorsque l'on ferme les yeux ou qu'on les détourne en présence d'un objet déplaisant.
La quatrième technique est à l'exact opposé puisqu'elle consiste, à l'apparition d'une pensée indésirable, à s'y confronter en examinant, de façon neutre, ses caractéristiques et sa source ; ce faisant, la pensée s'apaise d'elle-même.
La cinquième et dernière technique, à n'utiliser qu'en dernier ressort, consiste à maîtriser la pensée non profitable en utilisant la force de la volonté.
Simultanément à ces restrictions et abandons, l'effort juste exige la culture des états favorables, c'est-à-dire leur production et leur maturation.
Même si les états favorables peuvent être cultivés en suivant de multiples approches, le Bouddha, insistait sur l'importance des « sept facteurs d'Eveil » : l'attention, l'analyse des choses, la persévérance, le ravissement, la sérénité, la concentration mentale et l'équanimité. L'attention permet de mettre en lumière les phénomènes tels qu'ils sont, sans projection subjective ; l'analyse recherche les caractéristiques, les conditions et les conséquences des phénomènes ainsi isolés ; ce travail actif de recherche requiert de la persévérance ; le résultat en est le ravissement, le plaisant intérêt pris dans la découverte de l'objet tel qu'il est ; le ravissement cède progressivement la place à l'apaisement, à la sérénité ; la sérénité favorise une accentuation de la concentration ; avec le développement de la concentration apparaît le dernier facteur, l'équanimité.
Le maintien et la maturation des états favorables sont définis comme la pratique consistant à « garder fermement dans l'esprit un objet de concentration favorable qui y est apparu » ; cette apogée de l'effort juste donne naissance à l'équanimité dont l'importance va croître jusqu'à la réalisation de la libération.

 

17Vaṇijjā-sutta (S/AṄG V/4/3/7/n°177)
18Dhammapada (S/KHU II/20/n°276)
19Saṃvara-sutta (S/AṄG IV/4/2/4/n°14)
20Mahāsatipaṭṭhāna-sutta (S/DĪG II/9/n°402)
21Nimitta, c'est-à-dire ici ce qui est perçu de l'objet des sens dans sa globalité, son « apparence ».
22Saṃvara-sutta (S/AṄG IV/4/2/4/n°14)



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