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Index de l'article
Le noble sentier octuple
L'intention juste
La parole juste
L'action juste
Le moyen d'existence juste
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La concentration mentale juste
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4) L'action juste (sammā kammanta)

L'appellation d'« action » juste est motivée par le fait que la pratique dont il est question ici concerne des actes corporels. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que les actions sont liées à l'intention et que l'apport principal des abstentions physiques, le plus utile en tout cas sur le chemin de la libération, réside dans la volonté de s'abstenir, c'est-à-dire dans l'esprit.
On reconnaîtra dans ces trois abstentions trois des « cinq préceptes ».
Le disciple doit tout d'abord s'abstenir de prendre la vie (pāṇātipāta). Cette abstention ne se limite pas au meurtre d'autres êtres humains et s'étend beaucoup plus largement à tous les « êtres vivants » (pāṇī), compris ici comme les « êtres conscients » (sattā) :

Il évite de prendre la vie et s'en abstient. Sans bâton et sans épée, conscient, plein de sympathie, il désire le bien de tous les êtres vivants.14

Comme nous l'avons déjà vu, ce qui est visé ici est l'acte délibéré de destruction de la vie suscité par l'aversion ; ce qui signifie que donner la mort sans intention est sans effet en termes de kamma (skt. karma) ; il s'agit là d'un principe général, que la tradition15 nuance en fonction de l'être détruit et de sa qualité spirituelle (du moustique au moine), du motif de l'acte (de l'euthanasie au crime de masse), de la relation entre celui qui tue et celui qui est tué (du meurtre d'un inconnu au parricide) et de l'intention de celui qui commet l'acte (d'une quasi absence d'intention à la haine la plus radicale).
Inversement l'intention de tuer, même non suivie de succès, est lourde de kamma négatif.
Le disciple doit ensuite s'abstenir de voler ou plus précisément de « prendre ce qui n'est pas donné » (adinnādāna), une formulation parfaitement adaptée aux bhikkhū dont l'une des règles de vie stipule qu'ils ne peuvent utiliser que ce qui leur a été formellement donné. Cette abstention permet de développer deux vertus importantes, une vertu sociale, l'honnêteté, et une vertu utile au cheminement spirituel, celle de se contenter de ce que l'on a, ce qui pour les renonçants est réduit au plus strict minimum.
Le disciple doit enfin s'abstenir d'inconduite sexuelle (kāmesu micchā-cāra). Même si cette abstention a une incontestable portée familiale et sociale, elle vise principalement un but plus spirituel : en freinant la tendance naturellement expansive du désir sexuel, elle permet de faire un grand pas dans la direction d'un renoncement plus complet. Pour les laïques, cette abstention ne concerne que les relations sexuelles avec des partenaires illicites ; l'important résidant dans l'intention et la force du désir dans laquelle elle s'enracine, les débats subtils et relativistes (dont on devine l'intérêt pratique pour les intéressés) sur ce qui est ou non « sexuel » et sur ce qui est ou non « illicite », sont sans grand portée. Dans une optique bouddhiste, l'une des clefs pour trancher ce débat est qu'il faut s'abstenir de tout ce qui, pour des motifs sociaux, culturels, légaux, est susceptible de semer le trouble dans l'esprit et la discorde à l'extérieur, et de ce fait susceptible de perturber la progression spirituelle.
Au temps du Bouddha, et par voie de conséquence dans les textes canoniques, trois catégories de femmes ne devaient pas être convoitées par les hommes : les femmes déjà mariées ; les femmes mineures en âge ou les « mineures sociales » considérées comme « placées sous la protection » de leurs proches ; les religieuses ayant fait vœu de célibat ; les femmes interdites par la loi ou la coutume (comme les proches parentes ou les condamnées). Les femmes, de leur côté, ne pouvaient désirer un autre homme que leur mari, tout comme elles ne pouvaient convoiter un proche parent ou un homme voué au célibat.
Il est important de souligner une différence importante entre le bouddhisme et la plupart des autres religions : dans les cas d'union forcée ou de viol, la faute morale et le poids du kamma négatif sont tout entiers du côté de l'auteur de l'acte, non de la victime. La notion de « provocation », si longtemps et souvent utilisée pour opérer des déplacements de responsabilité, n'est pas retenue par le bouddhisme : nombre de textes donnent des exemples de provocations, de la part de nymphes ou de jeunes femmes, destinées à détourner un renonçant du droit chemin (les tentatives émanant de jeunes gens ou de divinités masculines sont également présentes16 ) ; ces textes ne s'intéressent jamais aux tentatrices (ou aux tentateurs), simples victimes de leurs désirs, mais à la qualité des réactions de ceux (et celles) qui ont été soumis(es) à la tentation.


14Cunda-sutta (S/AṄG X/4/2/10/n°176)
15Le Suprême Patriarche de Thaïlande du début du XXe siècle, Son Altesse Royale le Prince Vajirañanavarorasa, traite cette matière de façon exhaustive dans son ouvrage traduit en langue anglaise : Pancasila-Pancadhamma (Five Precepts - Five Ennoblers), Mahamakuta Foundation, Bangkok.
16Selātherī-gāthā (S/KHU IX/3/7)



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