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Bouddha
Partie 2
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Devenu renonçant, le futur Bouddha s’essaya à ces diverses méthodes. Il se plaça rapidement sous la tutelle d’un premier maître, Ālāra le Kālāma, qui semblait enseigner une sorte de méditation aboutissant à un état dans lequel le méditant accédait au « domaine du rien »10 et y demeurait. Le jeune renonçant n’en retira pas grand chose, mis à part quelques suggestions concernant la technique de méditation :

J’appris vite cet enseignement. Mais je n’effectuais qu’un service des lèvres, récitant une doctrine par imitation des anciens élèves et, comme les autres, je soutenais que j’avais connu et compris l’enseignement. (...) Je pensais : « cet enseignement ne mène pas au détachement, à l’extinction de la souffrance, à la cessation, à l’apaisement, à la connaissance profonde, à l’Eveil, au nibbāna, mais seulement au domaine du rien » ; alors j’en eu assez de cet enseignement, le rejetai et m’en détournai.11

Il entra dans une seconde école dirigée par Udaka Rāmaputta qui enseignait les idées des Upaniṣad ; il en retira probablement un approfondissement de ses connaissances relatives à cette doctrine, connaissances dont il adoptera, adaptera ou renversera les termes et les contenus dans sa propre doctrine. Il quitta toutefois rapidement ce maître avec le même sentiment d’être bien loin des objectifs qu’il s’était fixés.
Déçu par ces deux expériences, il choisit d’emprunter la voie de l’ascèse la plus extrême et, s’installant dans une forêt, expérimenta pratiquement toute la liste des auto-tortures : restriction absolue de la pensée, rétention quasi complète du souffle, jeûne radical, vêtements faits de suaires de cadavres, arrachage des poils et des cheveux, permanente station debout, accroupie ou penchée, « repos » sur des lits d’épines. Si cette rigide observance de l’ascèse lui attira cinq admirateurs, ses cinq futurs premiers disciples, il prit finalement conscience de son inutilité :

Quelles que soient les sensations douloureuses, aigües et sévères que les ascètes et les brâhmanes aient pu ressentir, elles n’excèdent pas ce que j’ai souffert. Et maintenant, même avec cette extrême ascèse, je n’ai pas atteint le but le plus élevé de l’effort humain, la véritable et noble connaissance. N’y aurait-il pas une autre voie vers l’Eveil ?12

Son expérimentation de cette voie de la mortification et de l’auto-torture lui permit de la condamner en toute connaissance de cause, et sans appel :

Un matin, tandis que quelques moines faisaient leur tournée d’aumônes à Sāvatthi 13, ils croisèrent quelques ascètes de différentes sectes qui pratiquaient des mortifications. Certains d’entre eux étaient nus et étendus sur des épines. D’autres étaient assis autour d’un brasier sous un soleil de plomb. Plus tard, tandis que les moines parlaient entre eux de ces ascètes, ils demandèrent au Bouddha : « Bhante, y a-t-il une quelconque vertu dans ces rigoureuses pratiques ascétiques ? » Le Bouddha répondit : « non, moines, elles ne comportent ni vertu, ni mérite. Quand elles sont examinées et expérimentées, elles sont comme un chemin sur un monceau d’excréments ».14

Ayant compris la dangereuse inutilité des mortifications et ayant perdu toute illusion concernant les plaisirs des sens, le Bouddha décida d’emprunter une voie médiane (majjhima paṭipadā). Que l’on ne se méprenne surtout pas : cette voie intermédiaire ne se situait (et ne se situe) pas entre la vie mondaine et le renoncement15, mais entre les diverses formes d’ascèse au sein du renoncement ; et la voie choisie n’était pas celle de la facilité : il purifia et maîtrisa son esprit en pratiquant une méditation très profonde sous la forme de quatre absorptions ; son esprit ainsi recueilli et purifié, il le tourna vers la connaissance de ses vies précédentes, puis vers la connaissance de la loi à l’origine des renaissances des êtres, puis vers la compréhension de la souffrance, de l’origine de la souffrance, de la possible cessation de la souffrance et de la voie menant à la cessation de la souffrance…16

Et comme je reconnus cela, mon esprit fut libre des influences du désir des sens, libre du devenir et de l’ignorance. Et la connaissance se leva en moi : la nécessité de naître est anéantie, la conduite pure est vécue, ce qui devait être achevé est achevé, cette vie de souffrance n’existe plus pour moi.17

C’est ainsi qu’à l’âge de trente-cinq ans Gotama parvint à la réalisation, c'est-à-dire à la connaissance de la réalité derrière les illusions, et devint un bouddha, le Bouddha de notre ère. Cet Eveil ayant eu lieu à Uruvelā, dans la première nuit de pleine lune du mois vesākha (mars-avril), sous un arbre assattha ou pipphala (ficus religiosa), cette ville devint Bodh-Gayā (dans l’actuel Bihar), cette pleine lune devint la plus importante fête du monde bouddhiste et le ficus devint l’arbre symbolique de l’illumination. Pour le Bouddha en tant que personne, cet « Eveil » marquait l’achèvement de sa propre quête ; pour le Bouddha en tant que maître, elle marquait le début d’une longue vie d’enseignement. Après avoir douté de la possibilité de diffuser sa découverte, tant elle est « profonde, difficile à voir, difficile à comprendre, concrète, excellente, inaccessible à la simple pensée, subtile, approchable seulement par les sages18 », il débuta son enseignement dans un parc, près de Bénarès, par un premier sermon, le célèbre « Sermon de la mise en mouvement de la roue du Dhamma » destiné aux cinq ascètes qui l’avaient un temps abandonné après l’avoir vu renier les mortifications extrêmes ; ils devinrent les premiers membres du Saṅgha. Le Bouddha passa le reste de son existence, soit quarante-cinq années, à parcourir la région du bassin moyen du Gange pour enseigner le Dhamma et organiser la communauté grandissante des moines. Il atteignit la paix de l’extinction complète (pari-nibbāna)19 à l’âge de 80 ans, à Kusinārā20 .

10Sans doute équivalent au troisième « jhāna immatériel » du bouddhisme.
11Pāsarāsi-sutta (S/MAJ I/3/6/n°277)
12Mahāsaccaka-sutta (S/MAJ I/4/6/n°381)
13Capitale du Kosalā.
14Duddubhajātaka-vaṇṇanā (S/KHU XXXVII/4/2)
15La définition de la « voie médiane » dans le premier sermon du Bouddha démontre qu’elle est bien destinée aux seuls renonçants (pabbajitā) : « ô moines, celui qui a renoncé à la vie du monde ne doit pas s’abandonner aux deux extrêmes… » Dhammacakkappavattana-sutta (S/SAṂ V/12/2/1/n°1081).
16Il ressort des dires mêmes du Bouddha que l’Eveil fut un processus lent et graduel, ce qui ne laisse aucune place à des raccourcis ; il ressort de ces mêmes dires que le processus fut largement guidé par la volonté et la raison, ce qui ne laisse pas plus de place à l’extase ou à la transe.
17Pāsarāsi-sutta (S/MAJ I/3/6/n°280)
18Pāsarāsi-sutta (S/MAJ I/3/6/n°281)
19Le terme de « mort » (maraṇa) réservé à la fin d’une vie suivie d’une renaissance n’est jamais employé pour un bouddha puisque celui-ci a atteint la fin du cycle des renaissances. A fortiori, le mot « trépas » relève du contresens.
20Dans l’actuel Uttar Pradesh.







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